Emigration

Saint-Bonnet-en-Champsaur, haut lieu de l'émigration
des Champsaurins aux Amériques

maison blanche

Inauguration de la " Maison Blanche" , le 21 juin 2019

 st bonnet ecole
 

L'ancienne école de filles, qui fut aussi l'hôpital militaire n° 151 bis, avec 40 lits ouverts du 25 septembre 1914 au 24 décembre 1914. Elle sera convertie en Centre Permanent de Montagne.

 

" Les concrétisations de travaux engagés au pays natal et financés par les fonds des émigrés sont autant de manifestations de leurs réussites : les initiatives de Taix : monuments aux morts de La Fare, ”bungalow” de Bois-Vert, ou ailleurs le financement de cloches, les dons, les aides diverses aux orphelins de guerre, jusqu’au kiosque de Saint-Bonnet pour lequel, est annoncée, le 24 novembre 1924, une souscription en ces termes : ………

” nos compatriotes n’oublient pas leur pays natal. À Los Angeles, une souscription a été faite sur l’initiative de Messieurs Louis et Ernest Broguière, pour aider la musique de Saint-Bonnet à l’édification d’un kiosque. Voici les résultats de ladite souscription :

Ernest Broguière... $5.00 ; Édouard Amar...2.00 ; Éloi Amar...5.00 ; Rosine Sauret ...2.50 ; Joseph Boisseranc...2.50 ; Émile Faure...2.00 ; Rose Pauchon ; Berçot...2,50 ; Joseph Pauchon…3.00 ; Joanës Maron...5.00 ; Marius Taix, Jr...10.00 ; Charles Eyraud…2.00 ; Odile Accarias...1.10 ; Jules Escalle…2.00 ; Paul Lauzier...3.00 ; Joseph Espitallier...3.00 ; Édouard Humbert...2.00 ; Casimir Mazet...5.00 ; Mme Audet et Mlle Moynier…5.00 ; Ernest M. Faure-Marou. 5.00 ; Mathilde Fallandy. 3.00 ; François Espitallier. 5.00, Total:83.60"'1

 

Ultérieurement il est précisé que “la souscription ouverte en faveur de la musique de Saint-Bonnet et destinée à la réédification d’un kiosque à musique s’est augmentée des sommes suivantes recueillies par M. Ferdinand Valla:

Arthur Alluis…2 ; Jean Bourrelier…2 ; Auguste Chaix…2 ; Auguste Ollivier…1 ; Jean Grégoire…1 ; Adrien Blanchard…1 ; Albert Alluis…3 ; Joseph Philippe…1 ; Camille Chabot…1 ½ ; Auguste Guibert…2 ; Nicolas Vial…1/2 ; Henri Philippe…1Philomène Valla…2 ; Eugène Brochier…2 ; Joseph Allemand...2 ; Jérémie Chevalier…5 ; Franck Ubrun…2 ; Joseph Nicolas…2 ; François F. Pélissier…5 ;

Total : 39 $"

Les donateurs sont tous des figures connues, originaires pour une grande part de la « capitale » du Champsaur,."

Extrait de " L'émigration des Haut-Alpins aux Amériques" Patrick Caffarel et Michel Clément.

 

Saint-Bonnet-en-Champsaur au début des années 1900...

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Plus de 870 habitants de Saint-Bonnet-en-Champsaur ont émigré aux Amériques. 
Une soixantaine d'émigrants est allée en Argentine, d'autres, peu nombreux ont débarqué au Chili, au Canada ou au Brésil. 
La très grande majorité a choisi les États-Unis et par ordre d'importance la Californie, la Louisiane, le Wyoming, le Montana, l'Utah, le Nevada.... 

Patronymes des familles de Saint-Bonnet-en-Champsaur ayant émigré aux Amériques : 
 
ABONNEL . ALLARD . ALLEC . ALLEMAND . ALLUIS . AMAR . ANDRE . ATHÉNOUR . AUDÉOUD . BELLUE . BERNARD . BERTRAND . BESSUEILLE . BLACHE . BLANC . BLANCHARD . BOISSERANC . BONNET . BOREL . BOUTEILLE . BOYER . BROCHIER . BROGUIERE . BROUSSE . BRUNET . BRUTINEL . CASSARIN . CESMAT . CHABOBON . CHABOT . CHAIX . CHAMBON . CHRISTOPHE . CREVOLIN . DASTREVIGNE . DAVIN . DEDIEU . DEGRIL . DIDIER . DISDIER . DUSSERRE . DUTEL . ESCALLE . ESCALLIER . ESPITALLIER . ESTACHY . EYMARD-DAUPHIN . EYRAUD . FAREL . FAUQUE . FAURE . FAURE-BAUD . FAURE-MARRON . FLEUR . FORTUNE . FOURES . FULCONSAINT . GADUEL . GAILLARD . GANGUET . GARCIN . GARNIER . GAUTHIER . GENTILLON . GIRAUD . GONDRE . GONSOLIN . GRAND . GRAS . GREGOIRE . GRIMAUD . GUERIN . GUEYDAN . GUIBERT . HOSTACHY . HUMBERT . IMBERT . JACQUES . JAUSSAUD . JOUBERT . JOUGLARD . JOURDAN . JOUVENCEL . KLOESZ . LAGIER . LAPIERRE . LEAUTHIER . LESBROS . LOMBARD . MANUEL . MARAN . MARCELLIN . MARIN . MARROCCANE . MARTIN . MAUBERRET . MAUBERT . MAUCORONNEL . MAUMOYNIER . MAUREL . MAZET . MEYER . MICHEL MOREL . MOROD . MOTTE . MOURENAS . MOUREN-PROVENSAL . MOYNIER . NEBON . NICOLAS . NOUGUIER . ODDAS . ODDEOUD . OLLIER . OLLIVIER . ORCIER . PASCAL . PAUCHON . PEDROLETY . PELLEGRIN . PELLISSIER . PELLOUX . PERRIER . PRETRE . PHILIP . PIOT . PROVENSAL . QUEYREL . RAMBAUD . REY . REYMOND . REYNAUD . REYNIER . RIBAIL . RICARD . ROBERT . ROBIN . SARRAZIN . SARRET . SAULQUE . SAURET . SEINTURIER . SERRES . SIMIAND . TOURTET . TRICHARD . UBAUD . UBRUN . VACHER . VALENTIN . VALLET . VALLON . VIAL . VIEUX . VIGNE . VILLARD .

 

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Quand les haut-Alpins émigraient aux Amériques

Les Hautes-Alpes aussi ont été le creuset d’un mouvement migratoire significatif, débuté vers 1850 et qui s’est poursuivi jusqu’au deuxième conflit mondial, avec pour destination finale, le continent Américain. Il a concerné tous les cantons du département. Sur 10 400 haut-alpins répertoriés partis vers les Amériques, 80% sont issus du Champsaur. 
 
 

Un exode haut alpin massif qui s’explique. 
 
Les raisons de cet exode alpin massif découlent de la géographie des lieux: pays de montagne escarpé aux faibles surfaces agricoles utiles, morcellement en petites parcelles à l’image du bocage champsaurin, accroissement des zone forestières interdites au pâturage, difficultés d’arrosage l’été dans les parties hautes des vallées, avalanches, inondations, incendies. Les familles nombreuses sont légion avec, pour corollaire, l’application d’un droit d’aînesse qui a pour finalité de privilégier l’aîné des garçons, le seul à pouvoir perpétuer la propriété des ancêtres. 
 
Des éléments externes vont alimenter le mécanisme de l’exode et l’amplifier: les retours de courrier des premiers partants sont élogieux sur le travail et les gains à en attendre; le service militaire amène bon nombre de jeunes gens à réfléchir (6 années à passer sous les drapeaux). La presse joue un rôle déterminant, les journaux locaux se faisant le relais des bonnes nouvelles qui arrivent d’Amérique. 
  

Le voyage ou la traversée du grand tomple. (1) 
 
Les agences de voyage qui fleurissent sur le territoire haut-alpin offrent des facilités pour les candidats au voyage: 450 francs pour un billet Gap - San Francisco à la fin du 19e siècle ! L’itinéraire qui recueille la faveur des émigrés malgré son éloignement est Le Havre qui supplante Marseille et Bordeaux du fait des ses liaisons avec l’Amérique et siège de nombreuses compagnies maritimes. Les destinations pour l’Amérique latine se concentrent sur l’Argentine, l’Uruguay, le Brésil, le Chili et le Mexique, celles vers l’Amérique du Nord concernent le Canada, mais ce sont les États-Unis qui absorbent la grande majorité d’entre elles. 
 
La traversée du grand tomple varie selon les périodes. Il faut 45 à 50 jours pour relier Le Havre à la Nouvelle Orléans en 1850, mais, au moment où l’émigration connaît son apogée, les bateaux font la traversée vers New York, la destination phare, en 8 jours. Parmi les destinations Américaines que les champsaurins plébiscitent figurent la Louisiane parce qu’on y parle encore le Français, le Wyoming avec ses immenses pâturages et tous les États de l’Ouest américain. La Californie concentrera à elle seule les 3/4 de leurs implantations; elle connaîtra un vif succès au point d’être dénommée la « caille fournie ». 
 

Moutonniers et bergers reconnus.
 
Très vite, un métier va s’imposer et devenir pour eux un véritable sauf-conduit. Il seront moutonniers et leur réputation égalera celle des Basques. Pour cela il leur faut apprivoiser la langue, anglaise ou espagnole, les mesures américaines (miles, galons et acres...), mais aussi l’immensité du pays et des troupeaux à garder. Aguerris à la vie de nomade, ils évoluent dans des conditions difficiles: les prédateurs (coyotes, grizzlis, loups, crotales) mais aussi les conflits violents avec les cow-boys éleveurs de bovins font partie de leur quotidien. Le travail de berger est ardu, les transhumances sont éprouvantes(2) et la persévérance est le seul gage de réussite. 
 
Les bergers qu'ils sont devenus se font payer en têtes de bétail plutôt qu’en dollars, une manière de voir concrètement grandir devant eux leur propre troupeau en même temps que celui de leur employeur, jusqu’au jour où ils adouberont un gars venu du pays natal pour les remplacer et reprendre eux-même leur indépendance. 
 

Le miracle américain. 
 
La sédentarisation va en convaincre beaucoup (élevage en stabulation et travail de la terre autour des ranchs). La promulgation en 1862 de l’Homestead Act (loi Abraham Lincoln) va leur permettre d’accéder à la propriété à moindres frais, à condition d’avoir opté pour la nationalité Américaine. Les immigrants venus des alpes du sud se reconvertissent dans de nouvelles cultures (celle de la vigne, des oranges, des citrons, du maïs et de la canne à sucre) et exploitent de très nombreuses régions, à l’image d’une vallée de Californie, la French Valley dans laquelle on relève la présence de nombreux patronymes haut-alpins. 
 
Certains deviennent des chercheurs d’or en Californie, Arizona ainsi qu’au Klondyke. La découverte du pétrole qui coule parfois de manière artésienne dans leurs terrains va propulser les plus chanceux vers une richesse rapide. Des laiteries des crèmeries voient le jour et nombreux sont les Haut-Alpins qui s’y investissent. Les villes qui fleurissent dans toute la Californie les absorbent avec, pour débouché, les professions commerciales. Dès lors tout semble possible, l’évolution des carrières, l’accession aux plus hautes destinées, l’accès au miracle Américain. 
 

Des métiers urbains et variés. 
 
Après avoir réussi dans l’élevage et l’exploitation de la terre, leur carrière évolue par reconversion vers des métiers urbains: on les retrouve dans les blanchisseries qui emploient surtout des femmes; dans les boulangeries à la Française dont ils sont souvent les patrons. Les immigrants alpins ouvrent aussi des restaurants, des hôtels; à Bakersfield dans Humbolt Street, on comptera en 1910 jusqu’à 4 hôtels tenus par des Champsaurins. Ils sont aussi présents à Delano, à San Francisco ou encore à Los Angeles. Dans le French Quarter de la Cité des anges, le cadastre de 1890 mentionne l’hôtel de Gap ou le café des Alpes qui sera tenu pendant plusieurs décennies par des gens originaires de la vallée du Drac. Ce lieu devient le point de ralliement des immigrants alpins où ils viennent se reposer entre deux transhumances, rechercher un meilleur emploi auprès des camarades, déposer et retirer leur courrier ou simplement avoir des nouvelles de l’ancien pays en parlant le patois occitan-alpin, seul langage bien compris de tous. 
 
Les métiers se diversifient: commerces de vins, fabriquants de harnais, coiffeurs, maréchaux- ferrants, banquiers… D’autres Haut-Alpins laissent leur empreinte de bâtisseurs dans le paysage à l’instar de Phillipe Garnier ou les descendants de la famille de Germain Pellissier qui érigent au centre de Los Angeles des immeubles visibles encore actuellement. 
 

Vers l’intégration. 
 
Les mariages mixtes accélèrent l’américanisation des Champsaurins, leurs enfants naissent avec la nationalité américaine, vont à l’école, apprennent une nouvelle langue. Cependant malgré la volonté de devenir américain, on perpétue à 10 000 km de la mère patrie les coutumes: jeux de boule, rigodon, les spécialités culinaires telles que les tourons du Champsaur. On commémore le 14 juillet, parfois avec un certain faste dans des défilés, ou plus simplement entre amis. Des dons sont faits et des collectes s’organisent pour aider financièrement à la réalisation de monuments, kiosques, à la restauration de clochers au pays de son enfance. 
 
Ce lien, momentanément distendu avec la mère patrie, va se renforcer au cours du premier conflit mondial. Après l’entrée en guerre des États-Unis en 1917, des soldats originaires des Hautes-Alpes, devenus Américains, viennent combattre au sein de l’US Army sur le sol français. 
 
La grande guerre donne un coup d’arrêt à la forte émigration vers le nouveau monde, la tendance se confirme avec la politique des quotas. Les retours définitifs portent seulement sur un tiers des émigrés. En fait, les réussites sont nombreuses en Amérique en liaison avec les ventes de terrain à prix d’or, la découverte du pétrole, mais les échecs ne doivent pas pour autant être minimisés. Ceux qui rentrent au pays achètent de belles propriétés, de grandes fermes, signes de leur réussite. Mais combien n’auront pas d’autre choix que de se résoudre à acheter de petites propriétés pour ne pas « revenir au gage » et sauver la face alors que leur famille avait placé tant d’espoir en eux. 
 

Renouer les liens avec le pays de départ. 
 
De nombreux villages ont vu leurs habitants s’exiler massivement, vidés de leur force vive, parfois du tiers de leur population: Ancelle, St Laurent du Cros font partie de ceux-là. De ce mouvement migratoire d’ampleur subsiste aujourd’hui des souvenirs transmis oralement par ceux qui sont revenus après un séjour outre-Atlantique, mais aussi des lettres, des photos, des objets et les visites de personnes venues d’Amérique à la recherche de leurs racines. Des rencontres s’organisent de manière empirique, des cousinades Franco-Américaines voient le jour. Chacun de son côté essaye de retrouver les descendants des émigrants champsaurins partis à la recherche d’une vie meilleure, preuve que cette page de l’histoire de notre contrée alpine vit toujours. 

 (1) tomple : mot employé dans le Champsaur pour désigner un trou d'eau calme que l'on rencontre au fil des ruisseaux.
 (2) Mary Austin qui les a côtoyés pendant des années, a admirablement décrit dans son ouvrage " The Flock" leurs longues errances dans les sierras de la Californie. Paru en 1906, l'ouvrage a été traduit en français à l'initiative de Guillaume Lebaudy de la Maison du Berger à Champoléon sous le titre de : "Le Troupeau".
 
 
  Patrick Caffarel . Michel Clement

 

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